Influence de la pollution lumineuse sur la faune sauvage

8 février 2026, Par Michel Blant

La pollution lumineuse croissante perturbe le rythme nycthéméral naturel de nombreux organismes et perturbe leurs interactions (FBS 2026). Elle influence négativement la faune sauvage, en induisant des modifications comportementales, en réduisant l’habitat approprié ou encore en réduisant drastiquement les proies des espèces dans les chaînes alimentaires. L’équilibre des écosystèmes en est profondément bouleversé, avec des effets sur la sélection naturelle, l’utilisation de l’habitat ou encore la réduction du succès reproductif. Des modifications comportementales peuvent aussi réduire les services écosystémiques comme la pollinisation des plantes (FBS 2026).

Chez les chauves-souris, les espèces lucifuges menacées comme les rhinolophes et les murins évitent les sources lumineuses. Les allées éclairées constituent donc des barrières peu franchissables pour ces espèces, qui peuvent aussi délaisser leurs gîtes en cas d’éclairage (églises, châteaux). Elles nécessitent des corridors dans l’obscurité (trame noire) pour se déplacer en direction de leurs terrains de chasse. Seules quelques espèces non menacées (pipistrelles) s’accommodent des éclairages pour chasser les insectes attirés par la lumière (Sierro 2019).

Les oiseaux migrateurs nocturnes sont fortement désorientés par la pollution lumineuse, qui les empêchent de voir les repères dans le ciel étoilé. Des collisions contre des bâtiments éclairés sont aussi parfois relatées dans le halo lumineux des villes. Dans ces dernières, les mâles chantent durant la nuit et s’épuisent (Sordello et al. 2021). En Valais, l’engoulevent a disparu des coteaux surplombant la plaine sur les tronçons les plus fortement éclairés (Sierro 2019).



Photo Paul Marchesi

Les mammifères nocturnes comme le hérisson évitent les surfaces illuminées où le risque de prédation est plus élevé. Le renard, le blaireau et le chevreuil délaissent également les surfaces éclairées, ce qui réduit leur habitat à proximité des zones urbanisées (Sordello et al. 2021). Le développement vers l’intérieur des localités réduit les espaces de jardins et les soumets plus fortement à la pollution lumineuse tout en supprimant leur connectivité (FBS 2026).

Pour les batraciens, dont l’activité est principalement nocturne pour éviter la dessication, une source lumineuse très faible peut déjà perturber leur activité, reproductrice notamment (Sierro 2019). Les insectes, attirés par des lampes jusqu’à 250 m de distance, s’épuisent en volant dans la lumière au lieu de se nourrir ou de s’accoupler, quand ils ne sont pas capturés par des prédateurs (chauves-souris, araignées, chats). Les insectes ayant des larves aquatiques comme les éphémères ou les plécoptères sont particulièrement concernés, ce qui diminue la biomasse à disposition des poissons, oiseaux et chauves-souris (Sierro 2019). Les vers luisants mâles ont plus de peine à localiser les femelles, qui les attirent par bioluminescence, dans les prairies éclairées. La pollinisation des arbres fruitiers peut également souffrir de la diminution d’activité des insectes nocturnes (Sordello et al. 2021).


Références
– Forum Biodiversité Suisse (ed.), 2026. Comprendre et agir pour la biodiversité en Suisse. Etat, évolution et orientations – les résultats de la recherche et du monitoring. Swiss academies reports 21, 1, 1-220.
– Sierro A., 2019. La lumière nuit ! La nature face à la pollution lumineuse. Service des forêts, des cours d’eau et du paysage, Sion, 28 p.
– Sordello R., Paquier F. & Daloz A., 2021. Trame noire. Méthodes d’élaboration et outils pour sa mise en œuvre. Office français de la biodiversité, 114 p.