Nuits neuchâteloises : triste retour en arrière
Depuis ce vendredi 1 mai, la plupart de nombreuses communes neuchâteloises ont rallumé tout ou partie de leur éclairage public pour répondre à d’obscures considérations administratives. L’exception neuchâteloise, qu’un satellite américain mesurant la pollution lumineuse avait repérée et qui avait été mise en évidence par l’association DarkSky, prend donc fin ce jour.

Le satellite Suomi NPP passe toutes les nuits sur la Suisse et mesure la pollution lumineuse. Alors que la plupart des communes ont vu leurs nuits continuer de se dégrader entre 2022 et 2023 (en rouge), celles du canton de Neuchâtel se sont distinguées par l’application de l’extinction au cœur de la nuit (en bleu).
Étonnant retour en arrière pour des communes qui avaient répondu favorablement à la demande du Conseil d’État en 2022.
Ce retour en arrière est d’autant plus incompréhensible que la population, très réceptive, appréciait la quiétude retrouvée (93% de la population sondée au Locle était, par exemple, favorable à l’extinction de leur ville).
Relevons toutefois aussi un point positif : les villes reconnaissent le bien-fondé de l’extinction nocturne. Ainsi, la Ville de La Chaux-de-Fonds, dans son communiqué, indique que « cette mesure s’est révélée positive à plusieurs égards. Elle a permis de réduire la consommation d’énergie d’environ 30 %, tout en favorisant la biodiversité ainsi que la qualité du sommeil des habitants ». Elle ajoute encore : « Le suivi attentif par les autorités n’a pas mis en évidence d’augmentation de la criminalité ni des incivilités ».
Le cœur du problème est pourtant ailleurs : faut-il maintenir les passages piétons allumés dans des rues plongées dans l’obscurité ? Le Conseil d’État prétend que oui, s’appuyant sur un avis de droit commandé en 2019. Pourtant cet avis n’est pas si péremptoire. Il rappelle qu’aucune loi n’impose l’éclairage des passages piétons, mais il nuance en préjugeant qu’en cas d’accident sur un passage éteint, une commune pourrait être accusée de négligence pour ne pas avoir suivi les normes professionnelles. Le Professeur Müller, auteur de l’avis de droit, laisse entendre que le simple argument des économies d’énergie pourrait ne pas suffire pour infléchir un tribunal. Il laisse entendre qu’une collectivité publique devrait invoquer des arguments suffisamment sérieux pour s’écarter de ces recommandations.
Or, des arguments sérieux pour réduire la pollution lumineuse, il n’en manque pas, tant législatifs qu’environnementaux. La loi sur la protection de l’environnement impose même de prendre des mesures d’autant plus sévères que des charges nuisibles ou incommodantes sont déjà observables. (article 11).
Le déclin massif des insectes, plus de 75% en 27 ans observés par exemple dans 60 réserves naturelles en Allemagne, avec tout le cortège des effets collatéraux, devrait donc à lui seul imposer des mesures drastiques de protection.
Si les effets de la pollution lumineuse sur notre santé et notre environnement ne sont plus à démontrer, il en est tout autre de l’importance de l’éclairage des passages piétons au cœur de la nuit, dont l’utilité n’a jamais été établie et dont la Suisse est, à notre connaissance, le seul pays européen à en faire une règle.
Le Conseil d’État et les communes doivent mettre en balance, le risque d’un hypothétique accident sur une rue éteinte et déserte et le risque avéré d’une atteinte à notre environnement nocturne.
Annexes:
- Communiqué de la ville de la Chaux-de-Fonds: (pdf 115ko)
- Divers documents officiels concernant l’éclairage des passages piétons sur notre page: https://nuitchatel.ch/eclairage-des-passages-pietons-documents/
- Sondage en ville du Locle: (pdf 1.8Mo)
Retours de la presse
- RTS 1, le 12h45 du 7.5.2026: Eclairage public: fin de l’exception neuchâteloise: (2min) avec Ilinka Guyot conseillère communale de la Chaux-de-Fonds, Laurent Debrot de Nuitchâtel et Thierry Matthey de Viteos,
- RTS la 1ère, le 12h30 du 7.5 2026 Les communes neuchâteloises doivent rallumer l’éclairage nocturne des passages piétons: interview d’Ilinka Guyot (3’40)